Citations en temps de pandémie

Par Philippe Grassion le 28 mars 2020

pandémie du coronavirus

L’épidémie de Covid-19 que nous traversons actuellement est l’occasion de réfléchir sur notre société, son organisation, l’organisation du travail, nos modes de productions, de transport et surtout sur notre rapport à l’autre, famille, amis, collègues…

Voici quelques citations d’intellectuels qui se sont exprimés sur le sujet.

André Conte-Sponville

« J’aime mieux être atteint du coronavirus dans une démocratie qu’en être préservé dans une dictature que je léguerais à mes enfants ! On ne va pas regretter de ne pas vivre en dictature ! » JDD, 22/03/2020

« Attention de ne pas tomber dans ce que j’appelle le pan-médicalisme, qui consiste à faire de la santé la valeur suprême, donc à tout soumettre aux seuls critères de la médecine ! La santé est un bien très précieux, mais la liberté, l’amour et la justice sont des valeurs plus hautes. » JDD, 22/03/2020

« Le jour où le bonheur n’est plus qu’un moyen pour atteindre ce but suprême qu’est devenu la santé, un renversement s’est produit par rapport à au moins vingt-cinq siècles de civilisation, pendant lesquels on considérait tout à l’inverse que la santé n’était qu’un moyen – certes particulièrement précieux – pour atteindre ce but suprême qu’est le bonheur. » JDD, 22/03/2020

« Attention de ne pas demander à la médecine de tenir lieu de politique, de morale ou de spiritualité. Les experts sont là pour éclairer le peuple, pas pour gouverner. Pour soigner les maux de notre société, je compte moins sur la médecine que sur la politique ! Pour guider ma vie, moins sur mon médecin que sur moi-même ! » JDD, 22/03/2020

Edgar Morin

« Les menaces mortelles devenues multiples, dégradation de la biosphère, prolifération des armes nucléaires, retour des barbaries, et enfin ce virus dévastateur obligent à abandonner définitivement le mythe de l’homme maître de son destin et de la nature. Nous sommes à la fois tout-puissants et débiles, triomphant dans nos techniques et infirmes devant la douleur et la mort. Contrairement au rêve transhumaniste, l’homme, s’il pourra retarder sa mort naturelle, devra toujours affronter accidents, bactéries et virus qui savent se modifier pour se reproduire. Ce qu’il faut reconnaître c’est que tout mourra y compris notre soleil y compris l’Univers, ce qui fait de nos vies provisoires nos seuls biens à ne pas dilapider. » Paris Match, 16/04/2020

« Le confinement nous incite à mettre en conscience ce que nous savons obscurément tous : que l’amour l’amitié, l’épanouissement de soi dans une communauté, la solidarité sont les vraies valeurs. » Paris Match, 16/04/2020

« L’alerte écologique mondiale a été lancée il y a 50 ans par le Rapport Meadows. La prise de conscience, très lente, est encore très insuffisante. Je crois qu’un nouveau monde serait possible mais il est encore improbable. Les forces du statu quo sont énormes. Le vide de la pensée politique est énorme. Une pensée compartimentée et qui réduit tout au calcul est partout aux commandes. Le profit déchaîné détruit toute régulation. » Paris Match, 16/04/2020

« La pandémie a provoqué le repli des États nationaux sur eux-mêmes. S’il y a crise économique énorme après épidémie, la tendance s’aggravera en nationalismes xénophobes, voire agressifs. […] La solution cosmopolitique d’une confédération mondiale est souhaitable, techniquement possible, mais actuellement impossible. Il faudrait au préalable une conscience assez forte d’une communauté de destin de tous les humains. » Paris Match, 16/04/2020

« Pour « l’après » les uns s’attentent à un chaos catastrophique, les autres à une ère de barbarie planétaire, les autres au renouveau, d’autres (grâce aux catastrophes humaines) au salut de la biosphère terrestre. Je m’attends à tout et à autre chose. » Fil Twitter d’E.Morin, 09/04/2020

« Le confinement pourrait être une opportunité de détoxification mentale et physique, qui nous permettrait de sélectionner l’important et rejeter le frivole, le superflu, l’illusoire. L’important c’est évidemment l’amour, l’amitié, la solidarité, la fraternité, l’épanouissement du Je dans un Nous. Dans ce sens, le confinement pourrait susciter une crise existentielle salutaire où nous réfléchirions sur le sens de nos vies. » Libération, 28/03/2020

« Cette crise est anthropologique : elle nous révèle la face infirme et vulnérable de la formidable puissance humaine, elle nous révèle que l’unification techno-économique du globe a créé en même temps qu’une interdépendance généralisée, une communauté de destins sans solidarité. » Libération, 28/03/2020

« L’humanisme ne saurait désormais ignorer notre lien ombilical à la vie et notre lien ombilical à l’univers. Il ne saurait oublier que la nature est autant en nous que nous sommes dans la nature. » Libération, 28/03/2020

« Le virus est philosophe : il nous oblige à nous interroger. » Fil Twitter d’E.Morin, 27/03/2020

« L’énorme polycrise à la fois planétaire, nationale, locale, existentielle lie multiplement, continûment et profondément la planète, la nation nos voisins, à notre Je singulier » Fil Twitter d’E.Morin, 26/03/2020

« Nourrissons nos anticorps sociaux et culturels : amitié, solidarité, fraternité, communion, amour, chefs d’oeuvre de poésie, littérature, musique, peinture, cinema. » Fil Twitter d’E.Morin, 26/03/2020

« Les controverses entre scientifiques autour du virus montrent aux citoyens que la science n’est pas un recueil de vérités absolues, mais un lieu de controverses, sans lesquelles elle n’aurait jamais pu progresser. » Fil Twitter d’E.Morin, 26/03/2020

« Une des causes du retard : la divergence des avis scientifiques pourtant hyperspécialisés (immunologues, virologues, infectiologues, pneumologues, santé publique-épidémiologie..) qui ont fait fortement hésiter et retarder les justes décisions politiques en France et en Europe. » Fil Twitter d’E.Morin, 26/03/2020

« Ce monde n’est pas fini, il va gigoter encore; après le confinement un boom économique provisoire le rassurera. Seule un nouveau mouvement citoyen animé par une pensée forte et une conscience lucide pourra ouvrir le chemin d’un monde nouveau. » Fil Twitter d’E.Morin, 26/03/2020

« Comment dans un combat incertain combiner l’audace et la prudence, l’une et l’autre nécessaires, l’une accroissant risques en accroissant chances, l’autre accroissant le risque de temporisation. » Fil Twitter d’E.Morin, 26/03/2020

« Il ne suffit pas de revaloriser les traitements des soignants, il faudrait non seulement rétablir lits d’hôpitaux et dispensaires supprimés, mais aussi abandonner la conception commercialisée de l’hôpital pour lui rendre sa plein qualité de service public. » Fil Twitter d’E.Morin, 25/03/2020

« Il y a une minorité de non conformistes et grâce eux les choses avancent. » Fil Twitter d’E.Morin, 25/03/2020

« Les précurseurs ont d’abord toujours tort. Les hautes autorités répugnent à la découverte contraire aux théories établies. Pasteur, Darwin, Watson-Crick (code génétique), Montagner (sida) ont connu le refus. Aujourd’hui docteur Raoult ? » Fil Twitter d’E.Morin, 23/03/2020

« Une des grandes leçons de la crise: nous ne pouvons échapper à l’incertitude : nous sommes toujours dans l’incertitude du remède au virus, dans l’incertitude des développements et des conséquences de la crise. Nous resterons dans l’incertitude de l’aventure humaine. » Fil Twitter d’E.Morin, 22/03/2020

« Ce serait terriblement triste s’il ne sort pas de cette mega-crise une pensée politique indiquant la nouvelle Voie. » Fil Twitter d’E.Morin, 21/03/2020

« Le virus tue le néo-libéralisme en nous tuant. » Fil Twitter d’E.Morin, 20/03/2020

« L’univers déferle sur nous en traversant les murs de nos confinements. » Fil Twitter d’E.Morin, 20/03/2020

« Nous pensons certes que nous vivons une évolution, une transformation, mais le virus nous rappelle que nous vivons une Aventure, une Aventure dans l’inconnu, l’Aventure inouïe de l’espèce humaine. » Fil Twitter d’E.Morin, 20/03/2020

« Les confinés créent des anticorps sociaux en s’échangeant des vidéos et images d’humour sur le confinement. Ainsi le confinement suscite une communauté par l’humour. » Fil Twitter d’E.Morin, 17/03/2020

« Plus je lis sur virus, sur les stratégies de lutte, sur le confinement et ses conséquences à terme, plus je trouve la controverse, et plus je suis dans l’incertitude. Alors il faut supporter toniquement l’incertitude. L’incertitude contient en elle le danger et aussi l’espoir. » Fil Twitter d’E.Morin, 17/03/2020

« On en arrive à l’état de siège total contre les milliards d’invisibles passe-frontières et passe-murailles. » Fil Twitter d’E.Morin, 16/03/2020

« La Coréé du sud où le taux de mortalité est le plus faible a endigué l’épidémie sans confinement ni mesures coercitives. Une autre voie a été choisie : l’hygiène, la détection systématique des malades, l’information et les soins individualisés. Mais ils étaient bien équipés pour ça. » Fil Twitter d’E.Morin, 16/03/2020

« Le virus a non seulement éclairé crûment l’interdépendance et la communauté de destin des peuples du monde, il la perturbe en y introduisant des nouveaux conflits. » Fil Twitter d’E.Morin, 13/03/2020

Cynthia Fleury

« Nous vivons un inédit, qui aura une puissance traumatique pour certains […] Face à cela, il est en effet nécessaire que l’esprit de solidarité se maintienne car la résilience n’existera qu’à cette condition. Si ce tournant social-démocrate se réalise politiquement, alors oui, cette catastrophe pandémique aura eu un effet bénéfique en nous obligeant à ne plus continuer comme avant. » Public Sénat, 02/04/2020

« Lorsque le ralentissement est désiré, il est bénéfique, il est vécu comme une pause salutaire et nécessaire. Lorsqu’il est subi, il est vécu comme un empêchement, un danger, notamment économique. Vivre cette pause reste un luxe. La majorité d’entre nous ne peut le faire sans arrière-pensée. Pour autant, ce confinement est une réalité et il faut donc trouver le moyen de le sublimer et d’en faire le seuil de quelque chose. » Public Sénat, 02/04/2020

« Dans toute catastrophe et lutte pour la vie, qu’elle soit fantasmatique ou réelle, la part sombre des êtres humains se manifeste. C’est détestable mais c’est ainsi. Il faut résister individuellement et collectivement à cela. » Public Sénat, 02/04/2020

« L’un des grands enjeux de cette épidémie est d’apprendre à construire un comportement collectif face au danger, et de le faire tout en respectant l’Etat de droit. » Le Monde, 27/03/2020

Alexandre Jollien

« Je pense qu’il y a des chaos joyeux et le chaos que l’on traverse actuellement, c’est quand même lourd, c’est quand même intense et ça met beaucoup de monde sur la touche. Et comment traverser ça ? C’est peut-être en inaugurant une autre manière de vivre, plus solidaire, en tendant la main aux autres. » Nouvo RTS, 29/03/2020

« Je crois qu’il y a mille moyens d’être avec les autres et de partager cette traversée du chaos. Je crois que le virus est mauvais mais s’il y a un truc de bon, c’est qu’il nous rappelle l’interdépendance. […] La solidarité, c’est ce qui peut inverser cette mondialisation de la mort. » Nouvo RTS, 29/03/2020

« Je crois que ce virus n’est pas une punition divine, on ne peut pas dire ce genre de conneries, mais c’est quand même un rappel : on n’est pas les maîtres à bord sur la planète terre, la nature doit être respectée. » Nouvo RTS, 29/03/2020

« On ne maîtrise pas tout. Ce qu’on peut maîtriser, c’est la solidarité pour que de moins en moins de personnes soient laissées sur le bas-côté. » Nouvo RTS, 29/03/2020

« Un des enseignements du Bouddha, c’est que tout est impermanent. Même la joie, même le plaisir, même aussi la tristesse. Tout passe. Et malheureusement ce qu’on traverse là, c’est une magnifique leçon d’impermanence. On peut être fauché du jour au lendemain, et l’idée, le défi majeur, c’est comment vivre dans cette impermanence. On dirait que le virus nous rappelle qu’on est mortels. » Nouvo RTS, 29/03/2020

Boris Cyrulnik

« […] les situations de crise aggravent toujours les inégalités. En la circonstance, elle est biologique, elle est psychologique et elle est sociale. » La Provence, 30/03/2020

« Le confinement est une protection physique nécessaire pour la survie, et constitue en même temps une redoutable agression psychique. Aujourd’hui, il faut respecter la « distanciation sociale » pour éviter des dizaines de milliers de morts. Mais l’agression du confinement peut provoquer des troubles graves, particulièrement chez les plus faibles… » La Provence, 30/03/2020

« La protection repose sur trois axes : l’action, l’affection et la réflexion. Les deux premiers sont des tranquillisants naturels qui permettent d’éviter les tranquillisants chimiques. Pour l’action, il faut bouger au moins une heure par jour, ce qui aide à sécréter des endorphines, dehors si possible et sinon en suivant par exemple des cours de sport sur internet. » La Provence, 30/03/2020

« Les débats [après-coronavirus] seront passionnants et, j’en ai peur, passionnés, mais s’ils ne sont pas passionnés, cela voudra dire que l’on se contente simplement de remettre en place les anciens processus, ceux de l’échec. » La Provence, 30/03/2020

« À chaque épidémie, ou catastrophe naturelle, il y a eu changement culturel. Après le trauma, on est obligé de découvrir de nouvelles règles, de nouvelles manières de vivre ensemble. » La Provence, 30/03/2020

« J’entends parler de crise, mais la définition de la crise, c’est qu’après, ça repart comme avant. Or là, c’est une catastrophe, pas une crise : ça repartira, j’espère, mais pas comme avant. On va voir des règlements de comptes, il y aura des gens qui auront manifesté leur courage et d’autres qui auront participé à la diffusion du virus, comme ça s’est passé pendant toutes les épidémies, pour la peste noire ou le choléra. » France Inter, 25/03/2020

« Ce qui est inouï actuellement, c’est qu’on est en train de massacrer l’argent, la rentabilité pour sauver des vies humaines, alors que jusqu’à maintenant on se résignait. On disait, Dieu l’a voulu ainsi. […] Pour la première fois dans l’histoire humaine, on fait passer la vie des individus avant l’économie. » France Inter, 25/03/2020

« Après chaque catastrophe, il y a un changement de culture. Il y a eu beaucoup de catastrophes, des guerres, des catastrophes humaines et des catastrophes naturelles… Après chaque catastrophe, la vie reprend, mais pas comme avant. Et on voit une hiérarchie des valeurs sociales, des valeurs morales complètement métamorphosée. Les politiciens vont nous dire : on va repartir comme avant. Mais si on repart comme avant, on va remettre en place les mêmes conditions que celles qui ont mené à la catastrophe. Beaucoup de gens vont s’opposer pour dire « on va repartir mais comme avant » et l’individualisme qui a provoqué la course à la consommation, la course aux déplacements, l’effet de serre, la transmission des virus et des bactéries, la maltraitance scolaire… Tout ça va être remis en cause parce que l’individualisme nous a coûté beaucoup trop cher. » France Inter, 25/03/2020

« Quand l’épidémie sera terminée, on constatera que l’on aura dépoussiéré d’anciennes valeurs qui nous serviront à mettre au point une nouvelle manière de vivre ensemble. »

Roger-Pol Droit

« […] avec ce bouleversement de la vie quotidienne, des déplacements, cela change aussi nos cartes mentales. Autrement dit, c’est une sorte d’expérience philosophique absolument gigantesque où notre vie quotidienne change. Mais cela nous oblige à réfléchir à des choses que, d’habitude, nous ne voulions pas voir : le hasard qui peut tout bouleverser, la vulnérabilité de nos vies et de nos corps, le rapport étrange que nous avons entre notre solitude dans le confinement et la solidarité. » France Culture, 30/03/2020

Isabelle Autissier

« Il n’y a pas d’homme en bonne santé sur une planète malade, que ce soit à cause du réchauffement, de la pollution ou de l’écroulement de la biodiversité. » France Inter, 30/03/2020

« […] la destruction de la nature ne peut qu’être nocive. Cette nature abîmée, détruite, nous porte moins bien et nous en subissons les conséquences. » France Inter, 30/03/2020

« Essayons de tirer le meilleur du pire pour changer de modèle. Sinon, nous allons repayer d’une manière ou d’une autre, que ce soit avec une pandémie ou des événements extrêmes. […] On a détruit en 40 ans 60% des vertébrés sauvages de la planète. Nous en perdons 2 ou 3% par an ! Ce n’est pas possible de continuer ainsi.. » France Inter, 30/03/2020 – En savoir plus avec le WWF

Nicolas Hulot

« Nous sommes dans une crise qui est beaucoup plus profonde q’une simple srise sanitaire. Une crise écologique, une crise économique et je dirais même une crise de civilisation. » Brut, 06/05/2020

« Ce que ce virus nous apprend, c’est qu’il faut que nous déterminions maintenant ce que nous héritons du monde d’avant, ce que nous devons garder et ce que nous devons supprimer. On doit apprendre de nos erreurs. Apprendre qu’on ne peut pas bâtir un modèle sur le dos de la nature, qu’un modèle qui détruit de jour en jour les écosystèmes n’a pas d’avenir, qu’un modèle qui épuise les ressources n’a pas d’avenir, qu’un modèle économique qui génère de plus en plus d’économies mais qui le répartit de plus en plus mal n’a pas d’avenir. » Brut, 06/05/2020

« Commençons à poser une par une les pierres d’un nouveau monde qui sera radicalement différent mais qui le sera parce que nous l’aurons décidé. » Brut, 06/05/2020


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